Contenu principal

Saint-Pierre et Miquelon

Saint-Pierre et Miquelon

Un coin de France en Amérique du Nord...

Saint-Pierre et Miquelon (France)

L'ÎLE DE SAINT-PIERRE

Avec ses rues qui se coupent à angle droit et ses maisons de bois aux couleurs vives, Saint-Pierre est le centre administratif et commercial qui regroupe la majorité des quelques 6 125 habitants de l'archipel. La ville est ouverte sur le port à la fois pour la pêche et la plaisance. Si en hiver, peu nombreuses sont les embarcations à flotter au gré des vents, l'activité estivale est plus importante et parfois de grands voiliers viennent faire escale dans ce havre encore mal connu mais si attachant. Le cœur de la ville est blotti au pied de la montagne que l'on peut découvrir au gré de balades. En saison, on peut y trouver des baies sauvages. D'en haut, à environ 200 m d'altitude, le panorama est large et bien souvent on voit distinctement les côtes de la Péninsule de Burin de Terre Neuve.

Rue de Saint-Pierre

LES ÎLES DE MIQUELON ET LANGLADE

Les îles de Miquelon et Langlade couvrent 200 km² et sont unies par un isthme de sable où l'on trouve les « buttereaux » sur lesquels poussent des fraises sauvages. Cette dune marque la frontière entre l'océan et le Grand Barachois, grande lagune où les colonies de phoques s'ébattent sur des bancs de sable.

Phoque sur le Grand Barachois à Miquelon

Miquelon abrite un charmant village d'environ 600 habitants, un port et un aéroport dédiés aux liaisons inter-îles. On peut aussi prendre un traversier et débarquer ou embarquer par zodiac à l'Anse du Gouvernement à Langlade. L'expérience est unique. Avec sa stèle inaugurée en 2007, Miquelon est un digne témoin de l'histoire du peuple acadien et de son « Grand Dérangement » du 18e siècle. À partir de 1763, de nombreux Acadiens sont effectivement venus fonder le bourg de Miquelon. Miquelon comme Langlade abritent un patrimoine naturel remarquable, et parfois au détour d'un sentier, il faudra prêter attention à une Sterne arctique ou tenter de ne pas effrayer un cerf de Virginie.

LES LIENS ÉTROITS DE SAINT-PIERRE ET MIQUELON ET TERRE-NEUVE

Au cours des derniers siècles, Saint-Pierre et Miquelon et Terre-Neuve ont établi des liens profonds, économiques et familiaux. D’ailleurs, les petits pêcheurs de l’Archipel avaient des conditions de vie aussi difficiles que celles de leurs voisins terre-neuviens. Pour survivre, ils étaient souvent contraints de passer outre les règles dictées par leurs gouvernements respectifs.

Cimetière à Saint-Pierre- Photo Annie Charland

Le coup du Bulot... Afin de réduire le commerce entre les pêcheurs terre-neuviens et saint-pierrais, le Parlement de Terre-Neuve finit par signer en 1887 un acte, le Bait Bill, qui interdit la vente d’appâts aux pêcheurs français. Une mesure qui placera dans une situation financière très difficile ces pêcheurs terre-neuviens. Ne pouvant plus se procurer facilement du hareng ou du capelan, les trois-mâts normands et bretons trouveront un substitut, le bulot, sorte de gros bigorneau qu’ils captureront directement sur les Grands Bancs. L’une des conséquences de l’utilisation du bulot fut une moindre fréquentation de Saint-Pierre par les navires métropolitains.

Les Mi'kmaqs et Miquelon... Jusqu’à la fin du régime français au Canada, les Mi’kmaq ont été des alliés fidèles des Français. Convertis au catholicisme, les Mi’kmaq de Terre-Neuve et de l’île du Cap Breton sont venus régulièrement à Miquelon à partir de 1763 pour recevoir des sacrements religieux (baptêmes, mariages, enterrements). Gagner l’Archipel n’était pas sans danger. Lors d’une traversée en 1817, 51 Mi’kmaq auraient été ainsi victimes d’un naufrage près de Miquelon.

LA CONTREBANDE DE MORUES

Morues séchées - Photo Judy Newhook

À la fin du règne de Louis XIV, Saint-Pierre est le second poste le plus important, après Plaisance, dans la colonie française de Terre-Neuve. Ravitaillée principalement par des navires de Saint-Malo, l’île a pourtant assez peu d’échanges commerciaux avec Terre-Neuve. Difficilement défendable, Saint-Pierre subit les raids réguliers des vaisseaux ennemis. Le havre de Saint-Pierre continuera cependant à accueillir des morutiers français jusqu’à la signature du traité d’Utrecht (1713) qui implique la perte pour la France de Plaisance et de l’Archipel. La France conserve cependant un droit de pêcher et de sécher le poisson sur une partie du littoral terre-neuvien : le French Shore. Ce n’est qu’à partir de 1763 que les échanges entre Terre- Neuve et Saint-Pierre et Miquelon vont véritablement s’intensifier, lorsque la France se voit reconnaître la possession de l’Archipel. Le manque de bois dans les îles incite quelques-uns des 115 habitants à aller en couper à Terre-Neuve au grand dam de Palliser, commandant en chef à St. John’s qui, en 1765, déclare que les Français sont « expressément et totalement exclus » des côtes voisines du sud de Terre-Neuve. Dès cette époque, la contrebande de morue prise par les pêcheurs terre-neuviens commence à s’organiser. Cette morue étrangère, débarquée clandestinement à Saint-Pierre, est ramenée en Métropole, bénéficiant ainsi des avantages des produits de la pêche française. Dans l’autre sens, des marchandises d’origine française – vin et eau-de-vie – parviennent frauduleusement dans les ports de Terre-Neuve. Entre 1793 et 1815, les Anglais et les Français se disputent l’Archipel. Ce n’est qu’en 1816 que la population est autorisée à rentrer dans l’Archipel lorsque le Commandant Bourillon reçoit du commandant Cooksley les îles de Saint-Pierre et Miquelon solennellement remises par l’Angleterre à la France. À partir de cette date, l’Archipel restera définitivement français.

L'île aux marins - Photo André Charland

LA PÊCHE AU 19e SIÈCLE

C’est au cours du 19e siècle que des liens très étroits vont progressivement se tisser entre les habitants de Saint-Pierre et Miquelon et les résidents de la côte Sud de Terre-Neuve et des havres du French Shore. Les ventes de morues vont s’amplifier malgré l’interdiction de ce commerce entre les Français et les Terre-Neuviens. Dans les années 1830 à 1850, la pêche locale dans l’Archipel se développe de façon considérable. Ce développement de la pêche coloniale permet aux petits pêcheurs de Terre-Neuve d’échanger avec les Saint-Pierrais et les Miquelonnais différents produits et fournir des quantités d’appâts (hareng et capelan) dont ont besoin les morutiers français. À bord de petits navires nommés « galopers », les Terre-Neuviens viennent livrer cette boëtte. Ce commerce ne plaît guère aux autorités de St. John’s. Les goélettes de l’Archipel continuent à utiliser le hareng qu’elles trouvent sur la côte Ouest de Terre-Neuve, zone où elles pêchent toujours la morue. Des petits pêcheurs de l’Archipel s’établissent pour plusieurs mois sur la côte Sud-ouest de Terre-Neuve.

Doris - Photo Don Wells

À la fin du 19e siècle, des armateurs de l’Archipel fondent également des homarderies sur cette partie du French Shore. Quand le gouvernement français renonce en 1904 à ses privilèges de pêche, armateurs et petits pêcheurs de l’Archipel sont les premiers touchés. Quelques goélettes continuent toutefois de fréquenter le French Shore jusqu’en 1909.

LES MARIAGES

Tout au long du 19e siècle, l’Archipel connaît un formidable essor démographique, passant de 1 100 habitants en 1830 à près de 6 500 en 1902! Une bourgeoisie locale émerge, tandis que les fonctionnaires venus de la métropole sont de plus en plus nombreux. Aussi, entre 1816 et 1889, pas moins de 160 femmes terre-neuviennes venant de la péninsule de Burin ou de la région de Plaisance, embauchées comme employées de maison, trouvent l’âme sœur et s’établissent dans l’Archipel. Les hommes de Terre-Neuve viennent aussi travailler pour la saison de pêche dans les commerces et les industries annexes de la pêche. Quelques-uns se marient également à Saint-Pierre.

Église Île aux marins - Photo Aline Zanaboni

AUJOURD’HUI

On peut affirmer que la grande majorité des habitants de l’Archipel ont des origines terre-neuviennes. Les échanges entre Terre-Neuve et l’Archipel vont être facilités par la création dans les années 1950 d’un service maritime entre Fortune, port de la péninsule de Burin, et Saint-Pierre, ainsi que par l’ouverture en 1973 d’une liaison aérienne entre St. John’s et Saint-Pierre. Aujourd’hui, St. John’s est devenue la destination privilégiée des habitants de l’Archipel pour recevoir des soins médicaux et s’adonner au shopping.

Saint-Pierre - Photo Aline Zanaboni

Langlade - Photo Bénédicte Lescoublet

  • Anse à Brossard, Savoyard

© RDÉE Terre-Neuve-et-Labrador